Sète : Sans-papiers et sans beaucoup d’espoir

  • Écrit par  Emmanuelle Stange
La 6e fête des voisins de la Méditerranée a rassemblé une soixantaine de personnes vendredi devant le CRA. D.R. La 6e fête des voisins de la Méditerranée a rassemblé une soixantaine de personnes vendredi devant le CRA. D.R. L’utilisation de l’article, la reproduction, la diffusion est interdite – LMRS – (c) Copyright Journal La Marseillaise

Les défenseurs des migrants ont pique-niqué devant le centre de rétention vendredi soir.Dans une France qui n’est plus terre d’accueil, le RESF se démène pour adoucir le sort réservé aux étrangers.

 La fête des voisins de la Méditerranée, orchestrée depuis six ans par le RESF (Réseau d’éducation sans frontières), a rassemblé une soixantaine de personnes vendredi soir devant le centre de rétention administrative (CRA) sétois. « Soixante personnes, ce n’est pas énorme mais ce n’est pas mal car il y avait plusieurs événements organisés ce soir-là, note Cathy Le Sourn du RESF. Et puis nous avons vu de nouvelles têtes, comme des militants Nuit Debout. Parmi eux certains ignoraient, comme de nombreux Sétois, l’existence de ce CRA, où sont actuellement retenus 15 sans-papiers. »

Contacté par téléphone, l’un d’entre eux, Seydou, incarcéré depuis son arrivée en France il y a 37 jours, a pu témoigner de son calvaire. « Ce jeune Malien, âgé de 24 ans, a fui son pays il y a deux ans, pour des raisons politiques et économiques. Après avoir passé près d’un an en Libye, puis en Algérie, il a séjourné dans un camp de réfugiés à Milan en Italie, dont il a été exclu au bout de trois mois. Grâce à l’argent économisé jour après jour, il a pu se payer un billet de train pour Madrid où il devait être hébergé par un ami. Mais son voyage s’est arrêté en gare de Montpellier où il a été interpellé alors qu’il attendait la correspondance vers l’Espagne. »

Déjà passé deux fois devant le tribunal, le jeune homme, sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) a refusé d’embarquer dans l’avion qui devait le reconduire en Italie. « Il a vécu des choses terribles là-bas et il ne veut plus y retourner mais s’il refuse une deuxième fois, ce sera considéré comme un délit et il risque la prison », alerte Cathy Le Sourn.

 

Pour Seydou, Karim et tant d’autres

Dans l’espoir que le jeune homme soit remis en liberté au terme des 45 jours de rétention (durée maximale autorisée) et afin de l’aider à se racheter un billet pour Madrid, le RESF a réussi à récolter près de 150 euros vendredi pendant la fête. « Nous allons aussi demander une aide au député Sébastien Denaja pour aider des retenus tel Seydou à prendre le train. »

Car l’histoire du jeune Malien n’est qu’une parmi trop d’autres. « A tel point que les militants des sans-papiers se découragent, soupire Cathy. Par exemple, à Sète nous ne sommes plus que deux au RESF. » En dépit de cet effectif restreint et grâce au renfort de militants venus d’autres communes du Bassin de Thau et de la LDH (Ligue des droits de l’homme), le RESF parvient à maintenir des visites hebdomadaires aux retenus du CRA.

« Heureusement, il y a aussi des victoires comme celle de Karim, un jeune Marocain, installé à Sète depuis 2009, qui a obtenu la nationalité française le 8 avril dernier. Plus de 200 personnes l’ont accompagné en préfecture pour célébrer l’événement. »

Une jolie goutte d’eau dans un océan d’indifférence. « Aujourd’hui, la France, n’est plus considérée comme une terre d’accueil. D’ailleurs, la plupart des retenus du CRA ne veulent pas rester ici. Ils sont souvent de passage, désireux de gagner l’Angleterre ou d’autres pays d’Europe. » Pour les Roms*, souvent cantonnés dans des bidonvilles, le pays de Droits de l’Homme a également perdu de sa superbe.

Comment changer la donne ? La question est au coeur du Printemps des migrants, organisé par le RESF 34 qui fêtera ses 10 ans d’existence ce samedi 4 juin à Montpellier de 18h à 22h à la salle Jacques 1er d’Aragon (quartier Port Marianne).

 

l *Vendredi, à l’initiative de la LDH, la 2e partie de soirée sur les Roms a rassemblé 80 personnes au Comoedia où était projeté le film Spartacus et Cassandra.

Emmanuelle Stange

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